EDITORIAL AOUT 2020 : La République des masqués !

Dans un monde où tout nous paraît figé, décidé, dans lequel nous nous étions résignés à obéir à des règles, qu’au fond de nous-mêmes nous brûlions de contester, nous retrouvons, paradoxe du drame que vit l’humanité, l’envie de reconstruire et de nous repenser.

Mais une question demeure : Pour quelle finalité ?

Parions que le désir de posséder ne va plus nous habiter, mais sera-t-il remplacé par celui de partager ?

L’altérité deviendra-t-elle le but de notre société ?

Les égoïsmes seront-ils oubliés ?

Rien n’est moins sûr… et ce sont à mon sens les vraies interrogations de demain dans un monde qui n’aura de cesse que de vouloir se construire des frontières.

Frontière de la pensée, frontière de la contrée.

La protection de la santé, de notre santé, contribuera à cet esprit de frontière, par désir de s’isoler, pensant ainsi se protéger davantage. Mais ne nous y a-t-on pas habitué ? Saurons-nous nous en défaire ?

La liberté ce n’est pas être confiné ! L’égalité ce n’est pas être confiné ! La fraternité ce n’est pas être confiné !

Qu’en sera-t-il demain de notre trilogie républicaine ?

Sera-t-elle encore entretenue comme une flamme, alors que l’on ne voudra pas voir qu’il n’en reste que les cendres.

Nous nous voudrons citoyens sans en accepter les principes et valeurs essentiels, obsédés que nous serons par le danger que l’autre représentera.

L’étranger déjà caractérisé, non par sa seule différence de nationalité, mais par son appartenance à un groupe différent de soi, par ses différences de coutume et d’habitude, le sera dorénavant plus simplement par son comportement contraire aux règles de santé que nous nous serons fixées ou que l’on nous aura imposées.

Le masque deviendra un signe d’appartenance, d’acceptation ou de rejet, et n’éliminons pas le fait qu’une affirmation de communauté sera de n’en pas porter.

L’autre ne sera plus aimé pour sa personnalité, mais par l’objet porté qui le fera ou non considéré comme un étranger de/à l’humanité. Alors ne faut-il pas déjà se poser la question : La santé est-elle devenue le nouveau pouvoir ? Tout doit-il lui être sacrifié ? Poser la question c’est déjà s’attirer les foudres en cette période ! Et pourtant…

La société a privilégié l’individu et son bien-être sur le futur du collectif.

N’aurons-nous pas un jour à le regretter ? Car le paradoxe est que celui que l’on a voulu protéger deviendra un danger pour l’autre.

Comment considérer son prochain dorénavant, si ce n’est comme un potentiel ennemi de soi-même puisqu’il présente un danger pour sa santé. Et ainsi celle de l’autre ne sera plus une préoccupation mais une inquiétude.

Incroyable paradoxe ! Incroyable renversement de situation !

Préserver la santé, sa santé, deviendra la valeur suprême, le seul pouvoir reconnu auquel on devra tout sacrifier.

Santé, immunité, confiné !

Nouvelle trilogie pour une république masquée ?

Yves BISMUTH Avocat Associé